Badaboum Théâtre
16, quai de Rive-Neuve
13007 Marseille
T. 04 91 54 40 71
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Petit Futé
à partir de 5 ans

Peau d’Âne

Peau photo1Il était une fois un « roi-papa » amoureux de sa « fille-princesse », et qui entreprit de l’épouser. Notre héroïne aux tendres appâts, effrayée, demanda alors à son têtu de père une robe aux couleurs du temps, puis du soleil et enfin de la lune. Cédant à tous ses caprices, le roi alla même jusqu’à tuer son âne au crottin d’or, qui faisait pourtant la fortune du royaume. Apeurée, l’infante décida de s’enfuir, affublée de la dépouille du fameux animal…

D’origine orientale, ce conte en vers publié par Perrault en 1694 demeure d’une cruelle actualité. Sur scène, se mêlent merveilleux et réalisme, mythe et modernité.

Samedi 11 novembre à 14h30

Mardi 14 novembre à 14h30

Samedi 18 novembre à 14h30

Réservation conseillée

Réservation
Notre jauge étant limitée, il est fortement conseillé de réserver vos places par téléphone au 04 91 54 40 71.
Le règlement s'effectue sur place, 1/4 d'heure avant le début de la représentation. Attention ! nous ne prenons pas la carte bleue.
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D’après Charles Perrault et Basile Giambattista, mise en scène Laurence Janner, assistée de Nicolas Hans Martin
avec Jonathan Bidot, Marianne Houspie et Anne Naudon.
Scénographie : Stéphane Arcas, Sylvain Faye et Olivia Tournadre. Son : Julien Martin et Nicolas Hans Martin. Costumes : Blandine Poulat. Création lumières : Eric Hennaut
© Badaboum théâtre production

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  • Il était une fois Peau d’Ane au Badaboum

    Jeudi 2. À l’heure où la plupart des enfants assistent à leurs cours, les élèves d’une classe de « petits durs » d’un lycée marseillais sont au Badaboum. Assis sur des gradins, sur des bancs ou des coussins, ils assistent, médusés, à la narration jouée de Peau d’Ane. Étranges moments que ceux-là, où les dialogues en vieux français de Charles Perrault et l’apparition de costumes d’un autre temps suscitent des réactions, elles, bien actuelles…
    Ainsi, quand la princesse passe sa robe aux couleurs du temps, un corset brodé sur un jupon empesé : « Woua, trop belle ! », s’exclament les filles. Et les garçons ont des yeux plus ronds qu’ils n’oseront se l’avouer plus tard. C’est à cela que tient la magie du Badaboum : savoir captiver l’attention en dépit des limites temporelles, géographiques ou linguistiques. Pour ce faire, divers moyens sont employés : une bande son, des jeux de lumière et un art du récit qui font oublier l’extrême simplicité du décor.
    Et, surtout, une histoire dont toutes les ficelles – historiques, psychologiques, religieuses – sont étudiées en amont par une Laurence Janner passionnée. Comme pour ses autres créations, elle s’est longuement documentée. Apprenant ainsi que si Charles Perrault devint célèbre pour ses Contes du temps passé, parus en 1697, il avait édité Peau d’Ane dès 1694. Et pour cause : ce texte en vers n’est pas de lui, puise ses origines en Orient et rappelle un conte napolitain antérieur de quelques décennies…
    « Le frère de Perrault fréquentait les beaux salons et connaissait parfaitement l’italien, remarque Laurence Janner. C’est ainsi qu’il a dû découvrir L’Orsa, récit de Basile Giambattista, et le transmettre à Charles. Car, en dépit de petites différences, il s’agit de la même histoire que Peau d’Ane.« 

    POUR P’TITS BOUTS DE 5 ANS ET PLUS
    Selon elle, rien d’étonnant à ce que l’auteur français ait remplacé l’ours par un âne, tant cet animal véhicule de références dans notre propre culture (historiquement, l’âne tient une grande place dans la vie des prophètes de l’Ancien Testament et des sages de l’Antiquité). « Pour ma mise en scène, souligne-t-elle encore, j’ai gardé l’intégralité du conte de Perrault, à l’exception de certaines morales que j’ai préféré couper et d’un apport de Giambattista.« 
    Le résultat : un spectacle d’1h05, pour p’tits bouts de 5 ans et plus, mené par des comédiens aux multiples casquettes (chacun est tantôt narrateur, tantôt interprète)… Anne Naudon incarne une Peau d’Ane tout en grâce et remises en question (fuir les assiduités de son père est, pour elle, l’occasion d’accéder à une certaine sagesse).
    Marianne Houspie tient avec justesse son rôle de fée (s’exprimant dans un phrasé chantant, ce feu follet n’est jamais là où on l’attend). Et Jonathan Bidot fait beaucoup rire dans ses atours de roi tourmenté ou de jeune prince amoureux. Une histoire belle et effrayante, qui oscille entre réalisme et merveilleux, pour ne rien cacher aux enfants mais ne pas leur imposer non plus nos certitudes de grands.

    Béatrice JULLION - MARSEILLE l’Hebdo

  • « Peau d’Ane », le drame et le merveilleux

    Laurence Janner poursuit son exploration des contes, et s’attaque au tabou de l’inceste via la belle princesse. Entre Demy et Angot, entre le rêve et l’horreur, sa vision est portée par des comédiens d’exception. Magique.

    D’abord des tam-tams, parce que l’histoire vient de loin. Et des matelas, comme amoncelés, qui s’enroulent dans un escalier. Bienvenue dans le palais douillet d’un roi qui aime sa reine. Mais la reine, si jeune et si belle, meurt, et fait promettre à l’aimé de n’épouser qu’une femme au moins aussi belle. Première perversion : la seule qui l’égale, c’est leur propre fille. Le mâle père, désespéré, décide d’épouser sa progéniture, il fera tout pour ça. L’inceste est là, qui menace, sur ces matelas moelleux. On connaît la suite : les robes aux couleurs du temps, de la lune et du soleil, le sacrifice de l’âne aux crottes d’or, la fuite de l’infante devenue souillon, les visions du prince à travers le trou de la serrure, le gâteau d’amour, la bague et la quête de sa propriétaire, jusqu’au happy end avec la prise de conscience du père, et l’amour véritable autant que mystérieux, qui unit les deux tourtereaux.
    Si le Peau d’Ane de Laurence Janner est une éblouissante réussite, ce n’est pas seulement parce qu’elle parvient à raconter cette histoire-là sans jamais trahir les vers, forcément datés, de Perrault, en faisant circuler le verbe avec une rare intelligence dans les bouches des comédiens. Ce n’est pas non plus parce qu’elle relève, en dépit des petits moyens du Badaboum, le défi du merveilleux, peignant des tableaux tantôt élégants tantôt cruels, dans une belle maîtrise de l’espace, des lumières, du mouvement, et parvenant avec subtilité à passer d’un univers âprement réaliste -la peau d’âne, avec cette tête, sublime, achetée à un taxidermiste- à celui, onirique et fabuleux, des fées et des princesses. Ce n’est pas enfin parce qu’elle parvient, une fois de plus, à fasciner son exigeant et impatient auditoire, à le surprendre, lui offrir le rire, voire le délire, autant que la peur, lui ouvrant des passages vers l’attendrissement autant que vers la révolte. On parle toujours de l’œuvre inconsciente des contes, de sa dimension sexuelle : ici, elle est évidente, pour les uns comme pour les autres. Évidente, jamais indécente mais jamais aseptisée.
    Non : si Laurence Janner réalise en une petite heure un spectacle aussi simplement magnifique, c’est surtout parce qu’elle a su, une fois de plus, trouver des comédiens épatants, qui prennent des risques, avec la langue et avec le corps : Anne Naudon, reine fugace et surtout princesse espiègle et meurtrie ; Marianne Houspie, fée-marraine maladroite et délicieuse ; et Jonathan Bidot, impressionnant roi ou prince adolescent, deux malades d’amour auxquels il s’amarre en seulement quelques gestes.

    Denis BONNEVILLE - La Marseillaise

  • Peau Drame

    Le Badaboum théâtre adapte Peau d’âne dans toute sa dimension dramatique. Les fées à paillettes peuvent aller se rhabiller : la féerie, ce sera pour une autre !

    Un homme qui se balade torse nu, en portant juste un short de bouffon et une écharpe de laine, ça vous inspire confiance ? Pas vraiment… Etrange, suspect, équivoque. On a d’ailleurs raison de s’inquiéter : cet homme veut épouser sa propre fille, à n’importe quel prix. Dans l’adaptation de Peau d’âne proposée au Badaboum théâtre, on peut se fier aux apparences : il n’y a pas de baguette magique, pas de costumes éblouissants, pas de chants célestes. Rien de tout ce bazar pailleté qui dénature trop souvent les contes de fées. La mise en scène est entièrement tournée vers la signification de ce conte millénaire repris par Perrault au XVIIe siècle, dont elle souligne la réalité et toute la cruauté. Car Peau d’âne, c’est une histoire de chair, de désir et de mort : le drame de l’inceste, derrière les oripeaux du merveilleux…  » On n’épouse pas ses parents », chantait mélancoliquement la fée-marraine de Peau d’âne dans l’adaptation que Jacques Demy a réalisée pour le cinéma, et l’on découvrait un Jean Marais très royal, prier respectueusement une Catherine Deneuve un peu embarrassée de bien vouloir l’épouser… Ici, c’est une autre vision. Sur la scène plongée dans une pénombre de caverne, le roi (belle prouesse d’acteur de Jonathan Bidot), à demi nu, le front ceint d’une couronne rouge sang,  » se dandine comme un singe » face aux refus de sa fille, et vocifère avec la sauvagerie d’un fauve : bestialité et férocité où le ravale son désir incestueux… Très présent dans les choix de mise en scène, le versant tragique du conte ne devient cependant jamais étouffant : à lui seul, le texte, tout en poésie et délicatesse, apporte un souffle de paix à la façon d’une berceuse très ancienne et très douce… C’est la féerie qui a été interdite de spectacle, pas le rêve !

    Fabienne FILLATRE - Ventilo

  • à propos… Peau d’Âne

    d’après Charles Perrault et Basile Giambattista

    (JPEG)

    Mise en scène : Laurence Janner
    Assistant à la mise en scène : Nicolas Martin
    Distribution :
    Jonathan Bidot : Le prince et le roi
    Marianne Houspie : La fée
    Anne Naudon : Peau d’Ane

    Scénographie : Stéphane Arcas, Sylvain Faye et Olivia Tournadre

    Son : Julien Martin et Nicolas Martin

    Costumes : Blandine Poulat
    Création lumières : Eric Hennaut
    Accessoires : Guillaume Amiard, Jonathan Bidot et Mélanie Diseur

     


    L’histoire

    Il était une fois un « roi-papa » amoureux de sa « fille-princesse ». Il décida de l’épouser. Notre héroïne aux tendres appas, effrayée demanda alors à son têtu de père une robe aux couleurs du temps, puis de lune et enfin de soleil. Cédant à tous les caprices de sa fille, le roi tua même son âne au crottin d’or, qui faisait pourtant la richesse de son royaume. Apeurée, l’infante décida alors de s’enfuir affublée de cette dépouille malodorante et des plus répugnantes. C’est une errance qui commence pour notre féministe avant l’heure, errance guidée par sa marraine, La fée de corail et de nacre. D’origine orientale, ce conte en vers, publié par Charles Perrault en 1694 demeure d’une cruelle actualité. Sur scène se mêlent merveilleux et réalisme, mythe et modernité.
    (JPEG)
    Quelques mots sur Charles Perrault et Les histoires et Contes du temps passé. Il montre un vif penchant pour la littérature dès sa jeunesse, et accède assez vite aux plus hautes fonctions : avocat au barreau de Paris dés 1651, puis premier commis de Colbert, il devient contrôleur de la surintendance des bâtiments du roi et membre de l’Académie française en 1671, et il est surtout l’acteur principal de la querelle des anciens et des modernes.
    Grand travailleur, aimable, spirituel, très prisé de ses contemporains, il s’attire l’animosité de Boileau et de Racine, jaloux de ses très bonnes relations avec la cour et ses ministres. Il était déjà fort âgé lorsqu’il entreprit l’ouvrage auquel il doit sa célébrité : les Histoires et contes du temps passé avec des moralités (1697).
    Ce charmant recueil de contes, en prose et en vers qui a eu une renommée européenne (le livre le plus vendu dans le monde après la bible…) n’avait d’autre prétention que d’amuser les enfants. Mais l’heureuse naïveté de certaines tournures, le style piquant, les révélations sur les petites gens de l’époque, leurs réflexions, leur langage, leurs mœurs, ont toujours fait les délices des lettrés les plus délicats. C’est le seul classique que chacun d’entre nous sait « lire » avant d’aller à l’école. Ces contes ont eu un nombre prodigieux d’éditions, cependant Peau d’Âne avait été édité séparément en 1694. Ce chef-d’œuvre des contes, d’une grande sensibilité, n’est pas de lui. On doute pourtant de l’origine de ses sources : orientales ou italiennes, folkloriques ou plus savantes (Basile Giambattista, dans Le conte des contes : l’Orsa, les Métamorphoses d’un âne d’Apulée…). C’est à coup sûr, à travers cette œuvre, la rencontre paradoxale de deux types de littérature, et, à travers eux, de deux puissants groupes humains, la bourgeoisie qui se cherche et la masse populaire qui n’a pas encore pris conscience de sa force.


    Notes de travail

    Que vient donc faire un âne dans ce conte ?
    Le plus ancien crucifix que les archéologues ont su nous signaler est un graffiti bien curieux puisqu’il représente une tête d’âne surmontant une croix avec l’inscription “Alexandre adore son Dieu”. Historiquement l’âne et l’ânesse tiennent une grande place dans la vie des prophètes de l’ancien testament et des sages de l’antiquité. Quant à Jésus, il naît entre l’âne et le boeuf et il monte au jour de son triomphe des rameaux sur une ânesse et un ânon. C’est aussi sur une ânesse que Marie et l’enfant furent menés par Joseph en Egypte.
    Dans “ l’âne d’or ou les métamorphoses” , roman d’Apulée (philosophe latin d’origine africaine du 3ème siècle après J.C.), il est raconté les transformations d’un Lucius depuis la chambre parfumée d’une prostituée de grand luxe jusqu’à l’atmosphère spirituelle d’un temple où le jeune homme se met en contemplation devant la statue de la déesse Isis. Une suite de métamorphoses accompagne l’évolution intérieure de Lucius. Il va encore plus loin que la Peau d’Âne de Perrault, il ne se revêt pas de la peau de l’âne, il se transforme totalement en ce quadrupède, et ne retrouve sa forme première que par l’intervention bénéfique d’Isis.
    Chez Perrault, le roi, “le plus grand et le plus aimé des monarques”, possède un âne (source de sagesse, de conseil et d’initiation) et pourrait donc être Dieu lui même… L’âne, c’est la révélation.
    D’autre part, l’infante se baigne dans de l’eau limpide, puis après cet “examen de conscience”, ce baptème, elle revêt sa robe couleur de soleil.
    Il faut également faire la relation entre la mesure de farine du gâteau de Peau d’Âne et celle de l’Eucharistie, de plus elle y fait glisser un anneau, un cercle d’or représentant l’éternité, le calice. C’est un apport essentiel de Perrault (dans le conte d’origine italienne, il s’agit d’une ourse, qui ne possède pas d’anneau, et ne fait pas de gâteau).

    Toutes ces secondes peaux
    “Du latin Pellis, peau d’animal, enveloppe extérieure du corps des vertébrés, constituée par une partie profonde et par une couche superficielle.” épidermique, reptile qui change de peau ; mue, enlever, détacher la peau d’un animal.

    Sensibilité à fleur de peau ; attraper quelqu’un par la peau du dos, des fesses. avoir quelqu’un dans la peau : l’aimer passionnément pour des raisons charnelles.
    Je ne voudrais pas être dans sa peau, à sa place
    Faire peau neuve : changer complètement
    changement de peau = changement d’âme
    jouer sa peau = risquer sa peau
    La peau est une défense naturelle que le corps crée pour protéger et préserver la chair. Ne pas avoir de peau expose donc la chair à toutes sortes d’agressions externes et c’est bien ce danger qui est réactivé à chaque rencontre avec l’autre. La frontière du monde psychique interne est métaphorisée par la peau, la peau est ainsi imaginée comme une surface frontière entre l’externe et l’interne.
    Les robes et la peau de l’âne ont été réclamées au roi afin d’échapper à l’inceste.
    On peut voir dans les robes aux couleurs impossibles, l’image du désir, dont la réalisation est vouée à l’insatisfaction de revêtir la peau de la reine que la princesse ne peut devenir, sauf à réaliser l’interdit. Ainsi les robes sont signifiantes du désir refoulé de l’inceste : l’infante peut s’identifier à cette reine qu’elle ne sera jamais, à travers son image spéculaire enrobée (les robes majestueuses étant les signes représentants la reine), et elle réalise ainsi l’inceste dans l’imaginaire ; et en même temps les robes sont là pour créer une parade à l’inceste dans le réel.
    Quand elle fuit avec la peau de l’âne mort, elle se pare comme le torero le fait des oreilles et de la queue du taureau, elle fuit, recouverte des attributs paternels, réalisant en dernière instance une métonymie de l’inceste, revêtir la peau de l’âne offre la meilleur parade à l’inceste. _
    …“Ce scandale logique me semblait s’exprimer assez bien dans le merveilleux, que le progrès de nos connaissances ne cesse de traquer et de mettre à la porte et qui revient aussitôt par la fenêtre
                   Marc Soriano, les contes de Perrault 1968

    Dans cette mise en scène de Peau d’Âne, je cherche à confronter le merveilleux (nous sommes à la cour, notre marraine est une fée, l’âne chie des écus d’or, les multiples références aux contes les plus connus : Cendrillon, le roi cerf, la Belle et la bête qui jalonnent cette histoire) au réalisme, voir à la cruauté d’une situation (drame de l’inceste). J’utilise pour cela les sources les plus archaïques comme les plus modernes. Je tente de faire coexister les concepts scientifiques les plus avancés (par exemple en psychanalyse) et les superstitions venues d’un passé lointain ; pensée rationnelle et pensée magique.
    Chaque comédien, conscient de ses particularités est appelé à les exacerber, pour en accentuer l’étrangeté. Alors, le “il était une fois” d’ un autre temps et d’un autre lieu, peut commencer.
    Laurence Janner 


    Les acteurs en parlent

    C’est la première fois que je participe à un spectacle pour enfants.
    Nous travaillons sur un conte. Du coup, je lis beaucoup de contes. Le soir, après, je fais des rêves, beaux et effrayants. Par exemple, je suis avec deux autres, peut être la fée et Peau d’âne, nous sommes juchés en haut d’un iceberg, face à la mer bleue. Et au ciel bleu. D’un coup, un pan de la banquise s’effondre en nous emportant, dans un grand fracas matifié et blanc, nous précipitant dans une eau glacée. Un bain glacé. Un peu comme ce texte de Charles Perrault, où le glacial touche au brûlant.
    Ma voix mue à l’envers, “ j’entends des voix !” et quelque chose se réconcilie de l’enfant et de l’ adulte, c’est à dire se retrouve.
    En même temps une vieille matière tragique et sans âge, semble s’exhumer. Il y a le conte mais derrière, le tragique avec son défilé de figures sublimes et terribles. Mais un tragique, ici, drôle et merveilleux, puisqu’il y a aussi le conte ; un tragique dépouillé de la Tragédie.
    A moins que ce ne soit, la tragédie dépouillée du tragique.
    Et puis, il y a aussi des questions et un “questionnement” un peu embarrassant, en tout cas pour moi, en ce moment, et dont je me trouve ici débarrassé. Et c’est tant mieux !!!
    Des questions touchant au théâtre.
    Mais ça, c’est encore très mystérieux, je ne sais pas où sont passées ces questions très importantes, mais elles sont là, je les sens bruire .
                   Jonathan Bidot

    Peau d’Âne ?
    Un souvenir d’abord, de mon enfance, un film surtout.
    Puis vint le temps d’être maman et le plaisir de raconter, et la petite magie de “Il était une fois…”.
    Les aléas de la vie et un jour à nouveau une évidence : ce conte, “Peau d’Âne”, le lui raconter à elle, ma fille. “Mon enfant, on n’épouse jamais ses parents…” chantait Delphine Serrig. Et croire à ça : qu’on apprend de ces vieilles histoires.
    Avec “Peau d’Âne”, c’est aujourd’hui pour moi l’occasion de jouer pour la première fois devant un jeune public, c’est retrouver la jubilation du théâtre quand il “raconte une histoire” et convoque nos rêves, nos frayeurs et nos bonheurs.
    Oui du bonheur.
                   Marianne Houspie

    Quelques mots d’actrice…
    Je me souviens de ma grand-mère prenant la voix du grand méchant loup dialoguant avec la grand-mère du Petit Chaperon Rouge avant qu’il ne la croque.
    Aujourd’hui, du haut de mes 31 ans, “Peau d’âne” me tire de façon troublante vers cette enfance aux souvenirs parfois fragiles.
    Avec cette mémoire sensible, je me suis mise au travail : traverser le conte de Perrault, éprouver sa langue, son imaginaire, ses rêves, ses fantasmes, ses cauchemars… _ Transmettre justement, entièrement.
    Raconter une histoire aux enfants n’est pas aisé, leurs yeux trahissent notre mensonge. Mais il ne s’agit pas simplement d’une narration, pour moi (et nous). L’histoire doit devenir vivante et sensible à travers sa fable en faisant écho dans le temps de la représentation pour que peut-être, elle perdure plus tard dans les souvenirs.
    Cette idée de la transmission par le théâtre n’est pas simple quand on aborde ce genre de littérature avec des yeux adultes. Comment éviter les travers faciles d’explication psychologique et autre théorie sur le conte enfantin ?
    Je ne voudrais pas tuer l’imaginaire de l’enfant en lui imposant ma vision de  » grande  » mais essayer de créer chez lui de l’émerveillement, de l’espace à penser, de la liberté ou seulement de l’émotion, celle de cette enfant face à sa grand-mère aux yeux pétillants, qui lui racontait simplement une histoire.
                   Anne Naudon

    Documentation :
    Le Conte des Contes de Basile Giambattista
    Les contes du temps passé de Charles Perrault
    Les contes de Perrault de Marc Soriano
    Du sexe et du sang dans les contes de Perrault de Jean-Pierre Mothe
    Peau d’Âne de Christine Angot